Histoire

Deux familles ont été propriétaires du château d’Arnajon depuis la construction de la bastide dans son état actuel : les Le Blanc de Castillon et la famille de Solliers / Pascal.

Les recherches effectuées en 2017 par l’historienne Louise Leates apportent un nouvel éclairage sur l’histoire du château d’Arnajon et de son parc, de ses maîtres d’œuvre et même de ses commanditaires qui étaient jusqu’ici mal connus.

La constitution du domaine : l’ère Hugoleny

C’est la famille Maty puis le notaire aixois Abel Hugoleny – époux de Madeleine Maty – et leur descendance qui ont acquis peu à peu des terres et des bâtis regroupés au XVIè siècle sur l’emplacement actuel de la bastide, de la ferme et du potager pour constituer un domaine agricole conséquent que l’on découvre en lisant les nombreux actes de mégérie passés avec ses fermiers, ainsi que les prixfaits actés avec des maçons et gipiers pour des travaux de réparation ou d’embellissement. L’histoire d’Arnajon commence ainsi, et ce qu’on appelle maintenant un château aurait ressemblé à ses débuts à un petit hameau constitué de bastides contigües, jas, vergers, terres, vignes et petits jardins potagers. Il y avait plusieurs hameaux de ce type au Puy.

XVIIème siècle : la construction de la bastide et des jardins actuels

En 1660, Louise d’Hugoleny, arrière-petite-fille d’Abel, épouse Jacques Blanc. Celui-ci, marchand, issu d’une famille de marchands aixois, entre rapidement à la cour des Comptes d’Aix comme auditeur et archivaire puis achète la charge de trésorier général de France en 1673 et la seigneurie de Valfère, au sud-ouest d’Arnajon, en 1674. Son intention est claire – et typique de son temps – de parvenir à la
noblesse. Il reste identifié sous le nom de Jacques Blanc de Boisvert ou de Castillon.

C’est à partir de 1662 que l’on suit une série logique de travaux et l’élargissement du domaine par achats de terres, vignes et vergers, ainsi que la construction de ce qu’on appelle la « maison neuve » qui domine encore aujourd’hui le jardin en terrasses sur l’axe ouest-est. Cet axe est privilégié par Jacques Blanc pour créer une série de terrasses, bassins et jardin fruitier descendant jusqu’au grand chemin entre Aix et Cadenet.

La grande bastide

La construction de la grande bastide commence en 1666 sur l’emplacement des anciennes bastides mitoyennes. Dans les documents de 1667, on trouve une quittance de travaux passés avec les maçons aixois Peyton et Ferran faisant état de la réalisation du « rustique » de la façade selon le modèle de la bastide du sieur de Saint-Maurin à Rians (Var), des documents faisant état de fenêtres à meneaux, typiques pour l’époque, de la démolition des bâtiments vieux. Elle semble terminée en 1669.

Les jardins

Le parc est repéré de longue date comme un des exemples remarquables de jardin bastidaire provençal. D’axe ouest-est, il superpose ses terrasses régulières bordées de balustres en pierre de Rognes jusqu’au grand chemin qui relie Aix et Cadenet, avec le Lubéron en toile de fond. L’eau joue un rôle majeur, animant les fontaines, courant sur les terrasses, emplissant deux grands bassins dans lesquels l’architecture de la bastide se reflète.

Le concept de la perspective des jardins de Meudon et de Maisons Lafitte est repris par Jacques Blanc : le boulingrin, grand espace entre les deux bassins, est aménagé en verger, entouré d’allées d’arbres en parallèle sur les côtés. Il emploie Guilhem et Jean Cartoux, père et fils, maîtres maçons et gipiers d’Aix, pour la construction du bassin du haut. Le pigeonnier Nord est identifié dès 1669. La fontaine de la cour du nord en gypse de Calissanne est commandée en 1674.

Jacques Blanc fait faillite en 1689. Louise d’Hugoleny entame les procédures nécessaires pour reprendre les biens qu’elle a apportés en dot. A partir de 1692, on a une bonne idée de l’état du domaine. Louise puis son fils Jean-Baptiste Prosper Le Blanc de Castillon vont achever les grands travaux lancés par Jacques : aplanissement du verger, développement du potager et des jardins du parc, …

La grotte de fraicheur

Le pigeonnier Nord offre la surprise d’abriter un étonnant nymphée, grotte de fraîcheur de plan octogonal, voutée, entièrement décorée de nacres, concrétions, coquillages, sables colorés et charbons de bois pour mettre les motifs en évidence. Ses côtés sont creusés de niches qui abritaient des statues. De grandes cariatides, similaires à celles de Vaux le Vicomte, marquent les angles et arrosaient autrefois le visiteur de leurs jeux d’eaux. Il n’y aucune trace jusqu’à présent du travail d’ornementation de la grotte d’Arnajon, ni de l’adduction d’eau. Les travaux ont vraisemblablement été réalisés dans les années 1680.

Attestée en 1692, cette grotte est absolument exceptionnelle en Provence par son état de conservation. Elle peut être comparée à celles dont seule la structure subsiste à Albertas et à Buoux, mais les modèles de référence sont évidemment italiens (Grotte Doria à Gênes).

Après les grands travaux

Le bâti, le parc et ses jardins vont très peu évoluer au cours du XVIIIè siècle. Les actes retrouvés du début du siècle parlent d’une « maison de campagne » et non plus de bastide. En 1732 le domaine est érigé en arrière-fief : la maison de campagne s’appelle alors « château ».

Le premier plan cadastral établi sur la commune du Puy date de 1813. Le château porte encore le nom de Castillon. L’ancien chemin d’accès au hameau de l’ère Hugoleny est bien visible, en direction du quartier d’Arnajon situé à l’ouest du domaine.

Prosper Le Blanc de Castillon construit l’extension de la ferme actuelle en 1818.

La deuxième famille propriétaire : les Solliers

Au décès de Prosper Le Blanc de Castillon en 1828, les conditions de sa succession ne permettent pas de maintenir le domaine dans la famille, ses 4 enfants ont alors moins de 6 ans. Arnajon fait l’objet d’une adjudication remportée en 1833 par Pierre François de Solliers, avocat, avoué à la ville de Marseille.

L’apport principal de la famille de Solliers sur les différents bâtis vont avoir lieu au XIXè siècle sous la forme de fabriques et petits bâtiments à usage agricole construits à l’ouest du château, à proximité de la ferme :

  • dans un premier temps : lavoir, cochonnier, poulailler, clapier, orangerie, un arboretum aujourd’hui presque totalement disparu
  • vers la fin du siècle la maison dite du canal, la véranda, le remaniement de la maison de gardien.

Après la mort de Pierre de Solliers en 1844, la transmission va se faire par les femmes jusqu’en 1957.

  • Anaïs de Solliers, épouse Deluil Martiny, nièce du précédent
  • Sa fille Marie Caroline Deluil Martiny. Cette dernière, religieuse, va créer un couvent dans la deuxième propriété dont elle hérite: La Serviane, aux Trois Lucs près de Marseille.
  • Marie Caroline transmet le domaine à sa tante, Marguerite de Solliers, compagne d’enfance. Celle-ci, très dévote, fait construire vers 1890 la chapelle attenante au château sur la façade Ouest et commande un vitrail pour l’escalier de la bastide représentant Anaïs et sa fille Marie Caroline, devenue sœur des Filles du Cœur de Jésus et élue bienheureuse en 1989 par le pape Jean Paul II.
  • Marguerite transmet ensuite à sa nièce Marie Marguerite de Solliers, épouse Pascal.

Des travaux d’embellissement auront lieu après le tremblement de terre de Lambesc en 1909, notamment sur les pigeonniers.

A sa mort, Marie Marguerite lègue Arnajon à son fils aîné, Georges Pascal. C’est à cette époque que les cuisines qui étaient installées dans la totalité du sous-sol du château vont être transférées au rez-de chaussée, dans une partie de la ferme attenante au château.

En 1971, Albert Pascal achète le domaine en viager à son père. Il est encore aujourd’hui l’occupant du château et le propriétaire avec ses six enfants.

Chateau d'Arnajon
675 chemin des Arnajons
13610 Le Puy-Sainte-Réparade
France

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